P2. Hôtel de Ville de Saint-Gilles

Place Maurice Van Meenen 39 - 1060 Saint-Gilles

Casa Mobile

Le photographe Alain Breyer semble se spécialiser dans les sujets de transhumance. Après avoir suivi la caravane du tour de France pour nous donner à voir une sociologie des bords de route en juillet, le voici de retour d’un périple dans les campings de France et de Belgique. D’emblée, il faut souligner la grande qualité de ce travail réalisé à hauteur d’homme, sans surplomb ironique et même avec une belle tendresse. Il était plus facile de moquer l’esthétique des nains de jardin que d’écouter ce que chacun de ces habitants de village de toile et de tôle avait à dire sur l’attrait du camping. Il était plus facile de prendre la moue dédaigneuse du bon goût bourgeois que de faire comprendre par l’image l’importance de ces coins fragiles aménagés avec soin par leurs occupants.
Alain Breyer a adopté le portrait classique en situation, frontal, à distance égale pour tous de façon à souligner une sorte de démocratie de la représentation sociale. Dans ses images, il ne nous impose pas une vision, mais laisse notre regard faire son choix dans ce qu’il nous montre avec une grande simplicité. De plus, cette modestie photographique, il la prolonge par de courtes interviews des gens qu’il a rencontrés. Des paroles sans emphase qui en disent long. Comme celles de Jamillah par exemple : « J’ai d’abord loué la caravane là-bas et puis, j’ai acheté celle-ci. J’étais sans domicile et avec les voisins, on a fait une pétition, on a écrit à la Reine et alors un monsieur du Ministère est venu et m’a donné mon domicile au camping ».
En quelques phrases, chacun dévoile implicitement ses motivations -parfois amusantes, parfois lourdes- de passer une partie de l’année à camper. Celles-ci servent à l’auteur pour établir une typologie bien à lui : ceux qui cherchent le calme, ceux qui aiment la compagnie, ceux qui sont là depuis longtemps… Ce subtil mélange d’humour et d’évidence n’est pas sans rappeler celui de Bill Owens lorsqu’il nous présentait à la fin des années 60 la middle class américaine en vacances (« Leisure ») ou dans sa banlieue (« Suburbia »). Il y a en effet chez Breyer une même part d’universalité du propos qu’on remarque plus facilement aujourd’hui chez l’Américain et que Claude Javeau souligne à bon escient dans la préface de « Casa Mobile » édité par Husson : « ... Regardons les clichés d’Alain Breyer et demandons-nous, si dans une certaine mesure, ils ne nous offrent pas une image plus décontractée de nous-même. À protéger contre tout discours misérabiliste. » Jean-Marc Bodson