P10. Maison du Livre & Bibliothèque communale

Rue de Rome 24-28 - 1060 Saint-Gilles


BORDS DE MONDES
Martine Cornil

"Chez Martine Cornil, la photographie interroge l’énigme du visible, sans la résoudre. Derrière l’apparence, elle dévoile l’inconnu. Dans l’univers familier de la parole, nous évoquerions l’indicible ou le cheminement labyrinthique de la phrase qui tente sans repos de désincarcérer la complexité des choses. Ici, l’image est rêverie du vrai. Reflet abstrait du réel, la photographie en désintègre les carcans : sature les couleurs, diffracte les lignes, explose les volumes. Le renouvellement de la perception auquel l’artiste nous invite, nous plonge dans l’abasourdissement.
Martine Cornil ouvre des fenêtres aux murs de l’inconnu. Il faut se placer face à la lumière de chacune et laisser l’œil traverser la muraille des apparences. Sans balises, ni bornes, ni mesures. Les certitudes n’ont plus cours. Les azimuts sont bouleversés. Le minuscule et le majuscule se confondent. L’horizon et le proche s’entrelacent. La prose est poésie. Les mots sont musique. Parfois, au cours de notre voyage, nous essayerons de nous rassurer en identifiant des bribes fugaces d’un savoir ancien. Mais le mirage supplantera bien vite l’illusion du vrai et nous poursuivrons la traversée de l’océan.
L’œuvre est aussi un miroir sur l’inconnu qui la regarde. L’image devant laquelle nous nous tenons interroge ce que nous sommes dans le réel. De même que le lecteur ré-écrit chaque livre, le spectateur ré-invente sa perception de l’eau, de la terre, de l’air, du feu. Il s’interroge au plus intime de son humanité. Il devient, s’il consent à une part d’abandon, le créateur d’un univers à la fois intime et infini. Mais, et c’est peut-être là l’essentiel, il s’éveille à une autre curiosité au monde : renouvelée, vierge, insatiable. Il admet sa propre complexité. Il consent à interroger plutôt qu’à répondre.
N’est-ce pas là une des fonctions vitales de l’art ? Martine Cornil y ajoute sa propre vibration : la poésie du regard ". Jean Jauniaux

Choix de photographies de Martine Cornil, accompagnées des textes d’écrivains publiés dans le livre Bords de Mondes, éditions maelstrÖm reEvolutions, 2012.
Textes de Luc Baba, Marianne Bastogne, Pascal Blondiau, Francis Dannemark, Xavier Deutsch, Sandrine Emmery, Michèle M Gharios, Théophile de Giraud, Alain Helissen, Paul Hermant, Corinne Hoex, Virginie Holaind, Jean Jauniaux, Michèle Lenoir, Françoise Lison-Leroy, Veronika Mabardi, Rony De Maeseneer, Daniel Martin-Borret, Serge Noël, Colette Nys-Mazure, Kenny Ozier-Lafontaine, Patrick Placentino, Vincent De Raeve, Milady Renoir, Luc-André Rey, Dana Shishmanian, Vincent Tholomé, Christine Van Acker, Catherine Ysmal.

LA MATIÈRE DU VŒU
Rosa Gasquet

L’installation La matière du vœu est une série de portraits « intérieurs ». Une polyphonie de visages plongés en eux-mêmes. Des personnes de tous âges, de toutes origines vivant ici ont accepté de poser devant l’objectif pendant qu’elles faisaient un vœu. Comment lire leurs désirs enfouis, leurs aspirations petites ou grandes dans les creux du visage, l’inclinaison d’une tête, le léger suspend d’un sourcil. Il s’agit d’un travail en transparences, nourri de superpositions de calques, de recherches sonore et typographique et de la présence d’éléments premiers (eau, cendres…). Le visiteur est invité à partager cette traversée d’intimités et d’intériorités collectives.

Rosa Gasquet, metteur en scène, expérimente ici des thèmes qui lui sont chers, la prise de parole et le silence, l’intime et le collectif, la création de rites miniatures.

LIBRES DE POÉSIE
Les Ateliers du 94 et le Pré-Texte

Les mots et les gens vivent ensemble même quand ils se cachent
C’est un secret en douleur
Ils drôlent de tête
Il aime la regarder, la mignorer…

Ces mots et tant d’autres, je les ai entendus au centre de jour pour personnes handicapées mentales, Les Ateliers du 94 à Houdeng-Goegnies, où j’ai travaillé durant 4 ans.

J’ai pris note de cette parole insolite au sein de l’atelier théâtre que j’animais mais aussi lors de temps informels. J’ai rencontré au fil du temps une parole non soumise à l’ordre commun du langage, poétique par sa liberté, ouvrant la question du sens.
Inspirée par ces mots et depuis plus longtemps encore par l’univers plastique de ces « handicapés mentaux », j’ai réuni dans des petits livres les graphismes et les mots de chacun d’entre eux, comme autant de passerelles vers « la norme », autant d’occasions de s’étonner d’une langue d’autant plus étrange qu’elle nous est commune.

Pour ce faire, j’ai associé aux dessins et paroles de chacun mon univers plastique, de vieux papiers, de lettres manuscrites, de couleurs arrachées… que j’ai collés, découpés, mis en page.
Ces livres originaux ont pour ambition de rendre compte d’une rencontre, d’un souffle partagé.
Huit d’entre eux ont été édités et réunis en coffret sous le titre « Libres de poésie » par les éditions Bruno Robbe (série limitée à 600 exemplaires). Ils seront disponibles lors de l’exposition.
Parallèlement à cet univers poétisé, le Pré-Texte, centre de jour situé à Uccle accueillant également des adultes handicapés mentaux, donnera à voir les productions de ses ateliers Reliure et Fabrication de Papier, au sein desquels les étapes techniques sont très importantes. Souvent répétitives (répétition des gestes, des motifs, des couleurs et des formes), elles nécessitent des résidents qu’ils se concentrent sur des tâches très concrètes, ce qui leur apporte souvent de l’apaisement.
Une fois les carnets fabriqués, bien secs et solides, les résidents peuvent les investir au gré de leur imagination : dessiner, écrire, colorier, peindre, assembler des perles pour orner la tranche du carnet, collage d’image ou de formes prédécoupées. Ces carnets deviennent journaux de bord, carnets intimes ou livres multicolores.

Vernissage, lecture, concert par « Les Ateliers du 94 », rencontre avec les participants, apéro : le mercredi 21/05 de 11h à 14 h

Lectures par Sandra de Boerdère d’extraits de paroles de personnes handicapées mentales ayant participés aux « Ateliers du 94 » : les samedis 17, 24 et 31 mai à 17h

Commissaire d’exposition : Sandra de Boerdère. Production : l’Asbl DéRives.