Maison du Peuple

Forever Young

curated by Pascal Bernier

Quand les responsables de la Culture à Saint-Gilles m’ont proposé d’être le commissaire d’une exposition dans le cadre des 800 ans de la commune et du célèbre Parcours d’Artistes, je me suis rendu compte à quel point toute ma vie d’artiste était articulée à cette étonnante commune bruxelloise.

Je m’y suis installé au début des années 80.
A l’époque, Saint-Gilles souffrait d’une image de commune pauvre et délaissée.
Les loyers y étaient bon marché et l’on pouvait aisément trouver un atelier sans se ruiner.
Pas étonnant dans ces conditions qu’une grande quantité de jeunes artistes aient décidé de s’y installer au fil des ans, y apportant une vivacité créative extraordinaire.

Avec le temps, Saint-Gilles s’est développée, attirant de nouvelles populations, les loyers ont augmenté mais jamais elle n’a perdu ses qualités de commune cosmopolite où il fait bon vivre et elle est restée un vivier de jeunes créateurs de plus en plus nombreux à venir s’y installer.
Elle fut la première commune bruxelloise à proposer cette formule de visite directe des ateliers d’artistes dans le cadre du désormais fameux “Parcours d’Artistes” qui depuis se décline également dans d’autres communes.

Serais-je devenu artiste si j’avais vécu ailleurs ? Sans doute.
Aurais-je été le même artiste ? Sans doute pas.

Les 10 artistes que j’ai invités à participer à l’exposition « Forever Young » ont tous des liens étroits avec la commune, soit qu’ils y habitent où y ont habité, soit qu’ils y ont ou ont eu leurs ateliers.

Ce n’est toutefois pas cet invariant géographique seul qui m’a poussé à les choisir.
Leur caractéristique commune à travers la diversité de leurs âges ou de leurs carrières est d’être des “singletons”, des artistes uniques ne se rattachant à aucun courant, aucun effet de mode, des artistes éminemment personnels, des artistes qui osent avoir raison ou tort touts seuls.

Je tiens en haute estime cette capacité à être un “guerrier” de l’art, en opposition aux bons petits soldats qui n’agissent que sur ordre de leurs “supérieurs”.
L’art s’est toujours décliné dans ses rapports aux Pouvoirs tout en étant lui même une Puissance.
Ne pas laisser les pouvoirs (du succès, de l’argent, de la reconnaissance) canaliser ou juguler sa puissance est une gageure pour tout artiste, jeune ou non et ce depuis des siècles.

Ce difficile exercice qui, consiste à trouver le bon équilibre entre la liberté absolue et les contraintes inévitables nécessite du courage, de la générosité et aussi un peu de folie.

C’est un prix à payer par chaque artiste mais quand cela réussit des choses merveilleuses ont lieu : non seulement l’émergence d’œuvres fortes capables de braver le temps mais aussi pour les artistes une capacité à rester jeunes, sans doute à vie. Ce n’est pas rien.

Mes invités, avec leurs pratiques diverses, ne sont pas tous des jeunes artistes de par leurs âges, mais bien des artistes jeunes pour toujours,de par leurs pratiques libres, fraîches, généreuses et inédites.

Je vous invite à les découvrir à la Maison du Peuple dès le 26 mai.

Et sachez que la jeunesse d’un artiste est terriblement contagieuse !

Pascal Bernier,
Saint-Gilles, février 2016

Avec les œuvres de :
Manon Bara et Léa Ricorday
Julien Daffe
Islin-Lucrezia De Fraye
Damien De Lepeleire
Sandrine Duprez
Isabelle Guissard
Anton Horvatovic
Hervé IC
Sandrine Morgante
Anne Françoise Quoitin
Mohammed Al-ani

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